mercredi 15 septembre 2010

2010, la Berezina

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L'Empire A l'Air Content

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M. Blanrue plagiaire et reproducteur servile

M. Blanrue rappelle inlassablement le nombre de pages et de notes de son livre Sarkozy, Israël et les Juifs, gage selon lui de ses efforts et de la qualité de son travail. Or, si nous enlevons tous les plagiats et toutes les citations, c’est-à-dire tout ce qui n’a pas été écrit de sa belle plume, force est de constater qu’il ne reste en réalité pas grand-chose, à peine un article de fort mauvaise qualité. Loin d’être un livre d’analyse personnelle, un travail de longue haleine, ce drôle d’objet n’est qu’un indigeste méli-mélo de faits et d’articles largement connus, grossièrement malmenés par l’auteur pour démontrer sa thèse : un lobby sioniste ou juif, tout-puissant, contrôle l’Etat et les médias, servant des intérêts communautaires et israéliens, et nuisant ainsi à la France. Malgré la médiocrité intellectuelle du fond comme de la forme, Jean Bricmont ou Olivier Mukuna sont dithyrambiques, Michel Collon ne propose quant à lui aucune critique sérieuse du bouquin (mais en fait la promotion !) et fait même de Paul-Eric Blanrue (PEB) une référence puis qu’il l’interviewe dans son dernier livre… Enfin, des internautes se convertissent…

Or, une lecture attentive de Sarkozy, Israël et les Juifs révèle l’absence tragique des convenances littéraires, journalistiques ou historiennes minimales qu’un lecteur serait en droit d’exiger pour un tel sujet. Par contre, patronymes mal orthographiés ou mal recopiés, plagiats nombreux de Wikipédia, d’intellectuels, de journalistes ou de négationnistes, articles ou citations tronqués et/ou mal référencés, pensées d’auteurs dénaturées (voire détournées), fausses polémiques et rumeurs reprises à bon compte : il est rare de lire en si peu de pages autant d’énormités se bousculer. Quant à la thèse du livre, elle est simpliste, jamais sérieusement argumentée, l’auteur se contentant d’accumuler, sans les contextualiser, sans les mettre en perspective, sans les expliquer et sans les articuler, des faits historiques et des extraits de discours politiques, d’articles de journalistes ou d’analyses intellectuelles. Résultat : il réunit certes de nombreux éléments qui, bien sûr, ont un intérêt ; mais, bien loin de proposer une analyse mesurée de l’objet qu’il prétend observer, il ne fait que désigner maladroitement un ennemi politique et idéologique qu’il ne parvient jamais à définir clairement : c’est au choix le « lobby juif », le « lobby sioniste », le « lobby pro-israélien », le sionisme ou les réseaux pro-israéliens. Car, dans l’écriture de M. Blanrue, tout s’équivaut « dans un grand flou fort peu artistique ».

Se piquant d’être historien, PEB méconnaît ainsi une des premières et très nombreuses règles de l’analyse rationnelle – et partant, de la méthode critique en histoire - à savoir que « l’histoire procède en deux temps : d’abord connaître les faits, ensuite les expliquer, les nouer dans un discours cohérent. (…) Cette importance accordée au travail de construction des faits s’explique par une préoccupation centrale : comment donner au discours de l’historien un statut scientifique ? comment s’assurer que l’histoire n’est pas une suite d’opinions subjectives que chacun serait libre d’accepter ou de refuser, mais l’expression d’une vérité objective et qui s’impose à tous » ? (Antoine Prost, Douze leçons sur l’histoire) C’est pourquoi nous prétendons mettre à jour les impostures intellectuelles et les « médiamensonges » de ce pseudo-historien. Nous pensons ainsi poursuivre le travail de démystification entrepris dans notre précédent article, L’effroyable imposture de Paul-Eric Blanrue. Travail nécessaire, puisqu’à ce jour seul M. Alain Gresh a tenté une analyse réellement sérieuse – intuitive mais incomplète - de Sarkozy, Israël et les Juifs. Car, si ses laudateurs sont nombreux sur la Toile, il semblerait que les véritables critiques sont en effet bien rares !

M. BLANRUE, GIROUETTE IDEOLOGIQUE ?

Deux ans avant Sarkozy…, Yann Moix préfaçait Le Monde contre soi, tandis que, dans l’introduction de ce livre, intitulée L’énigme antisémite, M. Blanrue se plaçait dans la lignée des études de Léon Poliakov, André Glucksmann et surtout Pierre-André Taguieff, seuls auteurs dont il conseillait alors la lecture. Il définissait ainsi très clairement l’objectif de son livre :

« Au fait, peu nous importent ici les raisons, vraies, fausses ou supposées, qui ont agité l’esprit des antisémites à travers l’histoire et qui les aiguisent aujourd’hui encore. (…) Si nombre de canailles et de psychopathes ont été antisémites, il faut noter que des hommes au dessus de tout soupçon, progressistes et utopistes, ont été hostiles aux Juifs (…). En fait, il existe autant d’antisémitismes que d’antisémites, que ceux-ci se rattachent ou non à un courant idéologique, religieux ou politique quelconque. Voilà le cœur du sujet, l’objet de ce dictionnaire et la justification du classement qu’il propose.
(…) nul n’a jamais entrepris de relever les traces de la haine antijuive de façon systématique en les rendant, tel un anatomiste, visibles pour le grand public, non versé dans les travaux universitaires souvent rebutants. Le but que je me suis assigné est modeste : montrer, informer. (…) Puisqu’au fond les « judéophobes », selon le néologisme popularisé par le politologue Pierre-André Taguieff, qui assimile, dans un même élan, antisémitisme, antijudaïsme et antisionisme, ont tous une dilection commune, c’est cette constante qui constitue le socle de ce livre. (…) Ce projet se propose de montrer les hommes tels qu’ils sont ; de les mettre face à leurs démons ; de rassembler leurs propos oubliés dans l’enfer des bibliothèques et le trou noir des consciences (…) »

Mais deux ans plus tard, PEB change son fusil d’épaule, passant d’une dénonciation de l’antisémitisme (amalgamé à l’antisionisme) à une attaque en règle contre le sionisme. Un revirement idéologique qui lui fait écrire en 2009:

« La France est-elle devenue un pays sioniste ? (…) Cette interrogation ne recèle (faut-il le préciser ?) aucune intention antisémite, sauf à créer un mauvais procès à l’auteur en exhibant le fait que certains antisionistes seraient également de farouches détracteurs du judaïsme. »

Ou encore :

« Les raccourcis sont le propre de l’esprit humain ; au lieu de les encourager, il convient d’empêcher qu’ils se gravent dans l’opinion, avant que de nouveaux drames ne surviennent. J’en profite ainsi pour rappeler qu’il ne devrait y avoir aucune raison spéciale pour que les juifs soient confondus avec les sionistes, contrairement à ce que laissent entendre les représentants et partisans de la communauté, Nicolas Sarkozy en tête. »

Le Monde contre soi dressait donc, sans ambiguïté aucune, la liste d’intellectuels contemporains jugés par PEB antisémites, majoritairement issus de la gauche radicale ou de la « gauche de gauche », et qui, dans leurs positionnements idéologiques, étaient fort critiques envers la politique étrangère israélienne. L’auteur, toujours aussi clairement, adhérait aux thèses de Pierre-André Taguieff sur la « nouvelle judéophobie » et relayait celles d’André Glucksmann dans Le Discours de la haine. En 2009, ne craignant pas le grand écart, il prétendait s’inscrire dans le sillage de l’antisionisme de Jean Bricmont et Michel Collon !

« LE NET, C’EST LA TRICHE A PORTEE DE MAIN »

(Jean-Paul Brighelli, Plagiaires, http://bonnetdane.midiblogs.com/archive/2010/03/index.html)



Nous avions démontré, dans notre précédent article, les qualités indéniables de M. Blanrue en tant que plagiaire, et nous nous interrogions sur l’accueil médiatique étonnant réservé à Sarkozy… Notre travail était sérieux, étayé de références vérifiables. Il fut publié le 2 février 2010. Quelques heures après, on pouvait lire sur le blog de l’auteur :



« Mes meilleurs alliés.



Après que divers sites de délation m’ont qualifié, tour à tour, dans la plus grande confusion, de royaliste, d’apparatchik communiste, de catholique, d’anti-chrétien, de pro-Islam, de juif, d’athée, de néo-païen, de membre du Grand Orient, de négationniste et d’antisémite, voici qu’un nouvel article, signé du pseudonyme de « Saïd Chomsky », m’accuse de ne pas avoir la qualité d’historien et d’être le plagiaire de deux auteurs. On notera, bien sûr, que ni l’un ni l’autre de ces auteurs ne m’ont jamais accusé d’un tel délit. Ledit « Saïd Chomsky » est d'ailleurs si peu sûr de son fait qu’il en vient à émettre l’hypothèse que l’un d’entre eux ne serait autre que moi-même !



Comment se fait-il que tous ces fumeux délateurs ne signent jamais sous leur vrai nom ? Pourquoi démontrent-ils, en m’attaquant, un si consternant manque de courage ? J’attends avec impatience qu’ils m’accusent maintenant de pédophilie ou d’avoir volé le Solex du petit-fils de ma concierge. En attendant, un grand merci à tous ces zombies intellectuels pour la publicité gratuite qu’ils font, malgré eux, à mon livre. Continuez, et à la prochaine fois ! »



Réponse publique d’un pseudo-historien ne souhaitant pas répondre sur le fond et nous amalgamant à « divers sites de délation ». Pourtant, PEB prendra la peine de répondre à deux internautes, à M. Jean Robin et postera des commentaires en réponse à Elisabeth Roudinesco et Alain Gresh, espérant sans doute tirer avantage d’une polémique avec ces personnalités (espoir malheureusement vain). Nous, nous n’eûmes droit qu’à un mail privé consistant en un photomontage pour le moins « ordurier » (nous encourageons d’ailleurs M. Blanrue à le mettre sur son blog, lui qui vante son propre « courage » et la liberté d’expression !). Il est vrai que, répétant à qui veut bien le croire, que son livre est « inattaquable », nous comprenons qu’il refuse de discuter le seul article qui démontre et démonte ses supercheries. Mais qu’importe sa « censure par le vide », son silence face à nos critiques, nous persévérons ! Et nous recensons les nombreux plagiats dont se rend coupable M. Blanrue.



Toutefois, soyons clairs : nous ne pointons pas du doigt les citations que propose M. Blanrue, et qu’il place correctement entre les guillemets d’usage et qu’il référence correctement. Si leur nombre anormalement élevé et leur longueur parfois exagérée a de quoi surprendre pour un travail qui se prétend sérieux et historique, et si ces citations ont pour fonction de masquer le fait que l’analyse propre à l’auteur est – en termes de quantité comme de qualité - plus que médiocre, il est toujours possible de considérer avec indulgence, et avec Alain Gresh, que « le livre fourmille toutefois de citations et de déclarations intéressantes ». En revanche, il nous semble inadmissible d’accorder benoîtement à un individu qui pratique le « copier-coller » en série le statut d’écrivain ou même d’historien qu’il revendique haut et fort. C’est pourquoi nous entendons, en nous appuyant notamment sur la définition donnée par l’Université de Liège, démontrer les plagiats de M. Blanrue, plagiats qui sont souvent soit des paraphrases soit des copies serviles. Jugez plutôt :











Amusant et pathétique, M. Blanrue recopie paresseusement des notices Wikipedia. Par exemple :



En note 14 de la page 36, au sujet du lobby, plagiat de la version archivée Wikipédia (VAW) du 28 mars 2009.



En note 33 de la page 106, au sujet de la Trilatérale, paresseuse copie de la VAW du 20 mars 2009, soit 9 lignes.



Pour Louis Schweitzer (note 26 page 132), il reprend la VAW du 20 mars 2009.



Concernant le Tribunal Russell sur la Palestine (page 194), reproduction servile de la VAW du 17 mars 2009, soit 14 lignes.



En note 34 de la page 198, PEB évoque la condamnation d’Alain Minc pour contrefaçon. Pour bien faire, il reproduit servilement la VAW du 12 mars 2009 de l’article Alain Minc.



Plus grave, il s’approprie des traductions ou des parties d’articles d’auteurs qu’il ne nomme pas :



En note 16 des pages 36-37, parlant de Charles Freeman, il reproduit servilement la traduction française par JFG (Jean-François Goulon) d’un article du journaliste anglais Rupert Cornwell publié le 13 mars 2009 dans The Independent. La traduction se trouve sur le site www.questionscritiques.free.fr



Pour la note 40 page 107 sur le Magav, PEB reproduit servilement l’article d’Ambre Grayman pour Guysen Israel News, Magav : Les remparts de la paix du 17 janvier 2006. http://www.guysen.com/es/articles.php?sid=4082



Pour l’affaire Daniel Mermet, pages 173 et 174, il reproduit et combine servilement les articles de Mona Chollet (13 lignes) et d’Acrimed (10 lignes), et la VAW du 31 mars 2009 (4 lignes).



Pages 174-175, pour parler d’Edgar Morin, il plagie honteusement les articles de Nathalie Guibert et Nicolas Weill.



Page 190, au sujet d’Emmanuel Levyne, reproduction servile de la page http://pagesperso-orange.fr/tzedek/Page41.htm



Au sujet de Freud, page 191, il copie sans le dire l’article d’Henri Tincq.



Page 193, sur Noam Chomsky, plagiat honteux d’un article d’Erik Schechter, Noam Chomsky, un héraut d’Israël ?



Page 194, sur Naomi Klein, il reprend servilement la traduction de JFG pour le site www.questionscritiques.free.fr.



Plus inquiétant, les chapitres 3 et 4 de Sarkozy… sont des copies intégrales, à quelques nuances près (différence de ton et quelques coupures), de deux chapitres d’un article de François Costes intitulé La France sous le joug de l’empire israélo-américain et publié à plusieurs reprises sur le site www.toutsaufsarkozy.com.











MAIS OU EST DONC PASSE JIM COHEN ?



La revue Mouvements. Sociétés Politique Culture publiait en 2004 un dossier très intéressant intitulé Le sionisme est-il mort ? , dossier hétéroclite mais équilibré rassemblant notamment les contributions d’Alain Dieckhoff, Denis Charbit et Ilan Greilsammer ou encore Camille Mansour, Michel Warschawski, David Newman ou Jim Cohen. Enfin, la revue organisait une table ronde sur le thème Sionisme et diaspora. Les Juifs de France et Israël réunissant Esther Benbassa, Théo Klein, Dominique Vidal et Patrick Klugman. M. Blanrue affirme d’ailleurs l’avoir « suivi de près » : ce qui est vrai puisqu’il cite largement des extraits de cet entretien (sans toutefois les discuter ou les expliciter). Qu’il nous permette toutefois de préciser, puisqu’il ne le mentionne pas, qu’il a également suivi d’extrêmement près, dans ce dossier, l’article de Jim Cohen, Le « lobby juif » aux Etats-Unis : contre les stéréotypes, la transparence. Et si M. Blanrue ne cite à aucun moment ce professeur d’université, c’est qu’il n’a pu s’empêcher de plagier la structure argumentative et de copier servilement certains extraits de cet article dans son livre (aux pages 36-37 et 41-42).











Constat affligeant et sans appel pour Blanrue : lorsqu’il ne paraphrase pas médiocrement Jim Cohen, il le copie servilement, au mot près.











LE PLAGIAT DU LIVRE DE MARC HECKER



M. Blanrue fait référence à sept reprises au livre de Marc Hecker (pages 128, 129, 144, 145, 147, 153 et 154). Cela semble beaucoup mais, en réalité, c’est très peu si l’on considère les nombreuses phrases qu’il a servilement copiées ou paraphrasées et dont nous livrons plusieurs exemples.











Paul-Eric Blanrue cite également, page 129, une déclaration de Jean Kahn et signale bien en note 16 qu’il la tient de Marc Hecker. Mais il omet de dire que le paragraphe, sur le Consistoire central et le CRIF, qui suit cette citation, reproduit paresseusement ce qu’on peut lire en pages 82 et 83 du livre de Marc Hecker. Plus significatif encore, il apparaît que le chapitre 1 (« Lobby juif ou réseaux pro-israéliens ? ») reprend habilement, tant dans la structure formelle que dans la problématique développée, les introductions de l’article de Jim Cohen et du livre de Marc Hecker.



Le chapitre 6 (« La nouvelle aristocratie ») reprend la démonstration et les exemples de la seconde partie du livre de Marc Hecker, intitulée : « Les modalités de la défense des intérêts de l’Etat d’Israël en France ». Marc Hecker, le premier, avait proposé une analyse des institutions juives (pages 77-91), dans cet ordre : CRIF, François Zimeray, B’nai B’rith, UEJF, UPJF, Siona, Wizo puis Association France – Israël, Groupe d’amitié parlementaire France – Israël et Rudy Salles. Blanrue propose un ordre différent (pp. 127-155) : CRIF, B’nai B’rith, UPJF, UEJF, Wizo, Siona, François Zimeray, France-Israël, Rudy Salles et Groupe d’amitié parlementaire France-Israël. Alors que Marc Hecker fournit quelques éléments essentiels sur ces associations et renvoie à leurs sites Internet pour les compléments, M. Blanrue copie in extenso ces informations – ce qui permet d’ajouter des lignes - sans les analyser ni les questionner.



Enfin, un plagiat nous semble particulièrement révélateur de la drôle de méthodologie blanruesque. Aux pages 78-79, Marc Hecker parle d’un sondage concernant la communauté juive puis il évoque les tribunes « Une autre voix juive » et « Lettre ouverte au CRIF ». Que fait M. Blanrue, page 46 de son livre ? La même chose ! Etonnant, non ? Le plagiat est d’autant plus incontestable que Marc Hecker, qui tient ce sondage d’Esther Benbassa, ne retient que quelques chiffres seulement et réorganise leur ordre de présentation. Or, le pseudo-historien copie Marc Hecker et reprend exactement ses modifications du texte de Mme Benbassa, mais il cite tout de même cette dernière, laissant ainsi croire qu’il a lu la source originale.











Pour conclure sur le pillage du livre de Marc Hecker, il faut souligner le nombre très important d’informations que M. Blanrue reprend à son compte, sans jamais dire qu’il les tient de cet universitaire. Citons, entre autres, celles qui concernent François Zimeray, le Renouveau juif, Dominique Strauss-Kahn, les vedettes de Cherbourg, le documentaire de Décryptage… En outre, une partie de la bibliographie de Marc Hecker est reprise par M. Blanrue : mais tandis que le premier en propose une analyse, le deuxième se contente de la reproduire sans démontrer qu’il l’a consultée – par exemple les livres de Marc Ferro, Daniel Amson (noté Daniel Armon par Blanrue !), Esther Benbassa, David Malkam, de Samir Kassir, de Pierre Birnbaum…, les articles de Guysen, de la revue Passages, de Claude Lévy, de Xavier Ternisien ou d’Ivan du Roy… Et ce doute légitime, au sujet de la lecture effective par M. Blanrue des livres qu’il cite, est renforcé lorsqu’on constate qu’il parle à trois reprises d’Anne-Marie Goichon au lieu d’Amélie-Marie Goichon, de Daniel Armon au lieu de Daniel Amson, qu’il cite mal Nahum Goldmann et Claude Lévi-Strauss…



Récapitulons : M. Blanrue reprend de nombreux passages du livre de Marc Hecker et les copie servilement. Il paraphrase ou reprend la structure formelle du livre de Marc Hecker. Il reprend à son compte une large partie de la bibliographie proposée par Marc Hecker, mais rien ne montre qu’il a effectivement lu ces ouvrages (et a-t-il lu, par exemple, ceux de J.J. Goldberg et d’Arthur Hertzberg qu’il cite, indisponibles en France et non référencés par la BnF ? Lit-il d’ailleurs l’anglais ou l’allemand ?). Il plagie également Wikipédia et Jim Cohen mais aussi certains journalistes. Il multiplie les erreurs grossières sur les patronymes des auteurs auxquels il fait référence. Or, M. Blanrue prétend proposer un livre original, neutre et inattaquable. Cherchez l’erreur. Enfin, alors que Marc Hecker, ainsi que des auteurs comme Camille Mansour, Jim Cohen, Sylvie Strüdel, Claude Lévy, Esther Benbassa ou Pascal Boniface – pour ne citer qu’eux – réfutent l’idée d’un vote juif en France influençant les élections, alors que ces auteurs réfutent l’existence d’un lobby juif en France (faute de moyens financiers, de coordination associative et/ou politique, d’unité idéologique ou encore de stratégie politique ou communicationnelle homogène des associations juives), alors que ces auteurs sérieux, spécialistes de ces questions, argumentent leurs thèses, Paul-Eric Blanrue balaie sans vergogne leurs travaux, qu’il connaît plus ou moins, sans daigner proposer de contre-argumentation. Un peu court pour cet « expert » de Diana et de Kerviel, non ? Qu’en pensent Jean Bricmont et Michel Collon ?











PAUL-ERIC BLANRUE ET LE NEGATIONNISME



Si nous souscrivons aux analyses de M. Jean Bricmont sur la « guilt by association » et d’Alain de Benoist sur la « reductio ad hitlerum », nous pensons toutefois que les internautes et les lecteurs doivent connaître les liens idéologiques de M. Blanrue avec l’extrême-droite identitaire, racialiste et xénophobe puisque ce pseudo-historien revendique très souvent des cautions intellectuelles de la gauche radicale, met en avant ses sources d’inspiration, et fait de l’ensemble un argument de vente (lire, par exemple, son billet du 7 octobre 2009, De l’antisémitisme, encore et toujours !). Il ne devrait donc pas souffrir que nous rappelions ses emprunts non mentionnés à la littérature négationniste et ses amitiés avec une certaine extrême-droite. A moins qu’il ne tienne à cacher ou taire une partie de son parcours personnel et professionnel au bénéfice d’une autre partie qu’il jugerait plus valorisante, plus « porteuse » dans l’optique promotionnelle de son livre et de son « antisionisme » ?











Quand Faurisson fait le travail…



Paul-Eric Blanrue a annoncé qu’il menait une enquête sur Robert Faurisson qui devrait être publiée en 2011 alors que dans Le Monde contre soi, parlant de l’antisémitisme, il écrivait qu’il se réservait « le droit de revenir sur ses origines, dans une prochaine étude, qui tentera de prolonger le travail initié par Léon Poliakov ». Entre Poliakov et Faurisson, Blanrue aurait-il choisi ? Il semblerait puisqu’il a déjà entrepris de relayer les thèses du négationniste, en prenant soin d’en ôter ce qui est passible des tribunaux.



Exemple : le 21 mars 2010, il fait une mise au point (sur son blog) qui suit le passage de Dieudonné et Bruno Gaccio dans l’émission Café Picouly. Il lui donne pour titre : « Remarque personnelle de Paul-Eric Blanrue concernant la supercherie de la « Maison des esclaves » de Gorée ». En fait de « remarque personnelle », il s’agit du copié-collé, mot pour mot, d’une partie d’un billet de Robert Faurisson du 28 décembre 2008, intitulé « Au Zénith, Dieudonné présente Faurisson » et publié sur le Net ! Pourquoi le cacher ? Dans cette note, Faurisson revient sur le procès qu’il intenta à Robert Badinter et qu’il perdit, et sur son passage au Zénith. Surtout, s’appuyant sur les articles d’Emmanuel Roux et de Jean-François Forges qu’il qualifie d’« historien antirévisionniste » (terme que Blanrue n’ose pas reprendre), le négationniste affirme que la Maison des esclaves est un « mythe », ce qui lui permet ensuite de nier l’existence de la chambre à gaz d’Auschwitz-I en exploitant fallacieusement et de manière perverse un article d’Eric Conan paru en 1995 sur ce sujet.



Pourquoi M. Blanrue n’ose-t-il pas citer M. Faurisson ? Aurait-il peur de perdre le soutien de Jean Bricmont ? De Michel Collon ? De certains de ses lecteurs ? Aurait-il peur cet homme-courage, ce pourfendeur des tabous, ce porte-drapeau autoproclamé de la liberté d’expression de dévoiler quelles sont ses véritables orientations idéologiques ? Des orientations bien marquées et évidentes, pour peu qu’on se décide enfin à lire vraiment M. Blanrue.











Quand Garaudy fait aussi le travail…



Nous constatons aux pages 187-190, lorsque M. Blanrue propose des citations d’opposants juifs au sionisme, qu’il ne fait que reprendre la logique formelle de l’introduction du livre de Roger Garaudy, Les Mythes fondateurs de la politique israélienne, logique reprise ad nauseam sur de nombreux sites antisionistes ou antisémites. En multipliant les références à des autorités intellectuelles ou morales, israéliennes ou juives, si possibles prestigieuses, et supposées antisionistes, Garaudy/Blanrue souhaitent revêtir un agrégat d’opinions subjectives d’un manteau d’objectivité. Le but est d’accumuler les témoignages contre Israël ou le sionisme venant de personnalités juives, de la communauté juive (de l’ « ethnie juive » ?) afin de se protéger soi-même de toute accusation d’antisémitisme. Que les citations soient tronquées ou décontextualisées, qu’on cite un poète ou un violoniste, un physicien ou un rabbin (on pourrait aussi bien citer Gad Elmaleh ou Arthur, Popeck ou Bernard-Henri Lévy !) tout cela importe peu : ce qui compte c’est que le lecteur soit conduit à comprendre le message suivant: « Le sionisme et Israël sont illégitimes. Ce n’est pas moi qui le dis, ce sont les juifs eux-mêmes ! Ecoutez-les !! »



Ce type de raisonnement est absurde et intellectuellement pauvre mais doit pouvoir s’exprimer librement. En revanche, nous estimons Paul-Eric Blanrue profondément malhonnête lorsqu’il cache, sciemment, ses emprunts à Roger Garaudy (par exemple, son paragraphe sur le Congrès de Montréal). Ce qui nous permet d’affirmer qu’il plagie le négationniste, ce sont par exemple les notes 1, 6 et 7 de sa conclusion. Il n’aura sans doute pas échappé aux lecteurs avertis que M. Blanrue cite trois fois le Journal de Theodor Herzl dans deux versions de langue anglaise et dans une version allemande, mais ne semble pas connaître la traduction française ! Pourquoi trois versions pour le même livre ? Réponse : il s’agit des versions exactes consultées par Roger Garaudy pour Les Mythes… qui avaient valu ce commentaire de Pierre Vidal-Naquet, en 1996 : Roger Garaudy « n’est donc pas exactement un exemple de stabilité intellectuelle. Deuxièmement, il a toujours travaillé de façon extraordinairement légère. (…) Son livre « Les sources françaises du socialisme scientifique » est un pillage d’autres travaux. Il a toujours été ce qu’on appellera en termes modérés un emprunteur de textes. Dans cet ouvrage négationniste [Les Mythes…], on lit des choses incroyables. (…) Il cite les Diaries de Herzl et, dans la même page, le Tagebuch, c’est-à-dire le même livre, mais une édition anglaise dans un cas, une édition allemande dans l’autre ! [NdA : c’est nous qui soulignons]» Blanrue reproduit si servilement Garaudy qu’il en répète les erreurs grossières ! Il n’a donc pas lu ces sources qu’il cite, et n’a sans coup férir pas lu les ouvrages des notes 4, 10, 11, 12 du même chapitre.











Paul-Eric Blanrue, les identitaires, les négationnistes et l’abrogation de la loi Gayssot



Blanrue reprend donc servilement Faurisson et s’attribue son travail. Mais il n’ose toujours pas faire son coming out, annoncer sa conversion aux thèses négationnistes. Pourtant, les signes sont là : le dernier chapitre de Sarkozy… appelle « une nouvelle nuit du 4 août » contre « le groupe ethnique (…), à savoir le lobby juif pro-israélien et ses soutiens sionistes au sein du gouvernement », contre « les sionistes (…) émigrés mentaux », contre « les juifs de France, dans leur ensemble, (…). Ce qui suppose, d’abord, qu’ils acceptent de mettre fin à certains de leurs privilèges. (…) L’abrogation de la loi Gayssot, dernière loi mémorielle permettant d’emprisonner des français pour délit d’opinion, serait un signe fort qui démontrerait qu’ils s’engagent résolument dans cette voie. » Si ses « conseils » ne sont pas suivis, Blanrue prévoit 1793, c’est-à-dire la Terreur ! Et, pour achever de nous convaincre de ses élucubrations apocalyptiques, il précise lors de sa « conférence de presse » du 4 juin 2009:



« (…) ça va venir. J’me permets de vous dire, entre parenthèses, que je parle rarement dans le vide, que je ne suis pas du tout futurologue mais que l’année dernière [en 2008], j’ai été invité chez Ruquier dans son émission, et j’ai annoncé pour dans très prochainement une crise financière. Ils m’ont tous regardé avec des gros yeux en disant : Une crise financière ? Non mais quoi ? Tu rigoles ou quoi ? » Au mois de septembre, cette crise financière était là ! »



Notons, par ailleurs, que cette idée d’une aristocratie juive ressemble fort à celle d’une noblesse juive que Robert Faurisson aime à défendre, par exemple le 29 mars 2009 (alors que, étrange coïncidence, Blanrue rédige son livre !), dans un billet intitulé « Les juifs sont-ils nos nobles ? ». Blanrue porte-parole de Faurisson ? Quoi qu’il en soit, M. Blanrue parle de privilèges mais n’en cite qu’un : la loi Gayssot. Ce n’est pas anodin.



La loi Gayssot, « arme absolue du lobby juif /sioniste, privilège infâme arraché à la République » : c’est l’antienne des négationnistes (Faurisson en tête) et de leurs sympathisants qui ne cessent de réclamer, plus que tout, son « abolition ». C’est pourquoi M. Blanrue écrit, le 8 mars 2010, que « si d’aventure la France veut davantage ressembler à une démocratie qu’à une dictature sioniste, elle doit commencer par se défaire de l’immonde loi Gayssot ». Et si Alain Gresh n’a apparemment pas compris pourquoi ce pseudo-historien s’attardait sur la pétition Liberté pour l’histoire, il suffit pourtant de parcourir la littérature négationniste pour constater qu’en demandant l’abrogation, dans un premier temps, de toutes les lois mémorielles, cette association d’éminents historiens avait fait naître l’espoir d’une possible réhabilitation de leurs thèses à Faurisson et consorts. Mais « le virage à 180° » de Pierre Nora, dont parle Blanrue, à savoir l’exclusion de la loi Gayssot de cette abrogation, signifia la fin des grandes espérances. Depuis, les négationnistes aiment à railler et à haïr ce qu’ils qualifient de « trahison » pilotée par le « tout-puissant lobby juif ».



En outre, lorsque M. Blanrue écrit que le CRIF et le Premier ministre se félicitèrent du maintien de cette loi qui permit de condamner lourdement le négationniste Vincent Reynouard, soit il désinforme volontairement (en laissant penser que le revirement des historiens est dû au « lobby juif »), soit il est nul en analyse textuelle car l’extrait plus long du discours dit tout autre chose. François Fillon se félicite du durcissement de la répression des actes antisémites, dont il donne des exemples et non de la seule condamnation d’un négationniste aux termes de la loi Gayssot. Or, si Blanrue signale cette condamnation de Vincent Reynouard, dont il ne semble pas apprécier que le patronyme soit mal orthographié sur le site du CRIF (alors que son propre livre et Le Monde contre soi sont « bourrés » de fautes : par exemple en note 3 de la page 188 est écrit Schlomo Sand pour Shlomo Sand, et Alain Gresch pour Alain Gresh aux pages 48, 65 et 79 !), s’il s’inquiète du sort de cet individu, c’est peut-être en raison de ses liens avec ces milieux. Le Comité de soutien à Vincent Reynouard hébergé sur le Web par Le Club Acacia fut ainsi un des premiers, par exemple, à faire la promotion du Monde contre soi, ce qui doit légitimement nous questionner. Le même comité fut le premier à relayer l’article de John Bastardi-Daumont, avocat de M. Blanrue, au sujet de la « censure par le vide ».



Bien sûr, ceci n’est que pure coïncidence évidemment. Procès d’intention de notre part. D’ailleurs, si M. Blanrue s’est rendu à l’assemblée générale des Amis de Rivarol le 21 novembre 2009, aux côtés d’Emmanuel Ratier et Martin Peltier, c’est au nom de la liberté d’expression. Et c’est toujours au nom de la liberté d’expression :



que M. Blanrue fait la promotion, sur son blog, d’Hervé Ryssen que les lecteurs de Rivarol et d’une extrême-droite xénophobe et antisémite connaissent bien ;



que le journal racialiste et xénophobe Rivarol a publié une pleine page élogieuse de Sarkozy… (dont Blanrue n’a bizarrement pas parlé sur son blog) et soutient sans faille les négationnistes ;



qu’Emmanuel Ratier (qui connaît bien Blanrue) fait la promotion de sites nazis, négationnistes, racistes (essentiellement anglo-saxons) sur son site Faits & Documents hébergé par Le Club Acacia ;



que Martin Peltier (autre bonne connaissance de Blanrue) tenta le premier la réhabilitation officielle de Robert Faurisson sur Radio Courtoisie en 2008 ;



et que Blanrue plagie servilement un article de François Costes publié sur www.toutsaussarkozy.com et dans le magazine identitaire et racialiste Réfléchir & Agir. Les auteurs de cette revue prônent la primauté de la race blanche, revendiquent l’héritage nazi et se distinguent par leurs discours racistes envers les juifs et tous ceux qui ne sont pas blancs, qualifiés par eux de bronzés, sans guillemets. Or, Paul-Eric Blanrue reprend à son compte cette douteuse distinction entre Blancs et Bronzés, en prenant garde lui de mettre les guillemets : « Il est symptomatique que les « Blancs pauvres » qui se reconnaissent dans le FN commencent à pactiser avec les populations des banlieues et que, pour exister, ceux-là cherchent à imiter les « bronzés », jadis détestés. » Outre que l’auteur n’apporte aucun élément sociologique ou politique à l’appui de cette affirmation péremptoire et simpliste, force est de constater qu’il reprend servilement la rhétorique bien particulière de cette droite racialiste identitaire ! Reconnaissons qu’il y a mieux comme source d’inspiration…



Et le 22 mars 2010, M. Blanrue écrit sans doute l’une de ses plus grosses et douteuses idioties. Relayant les déclarations de Line Renaud et Nathalie Kosciusko-Morizet sur la « supposée véritable » cause du décès de Thierry Le Luron – selon elles, il serait mort du sida - il ose écrire ceci en commentaire : « L'enjeu de la réflexion est le suivant : si un tabou bénin de ce type peut durer 25 ans, combien de temps peut durer un tabou beaucoup plus malin ? » Outre que nous ne voyons pas ce qui permet à Paul-Eric Blanrue de croire ces dames plutôt que le professeur Léon Schwartzenberg (Blanrue a-t-il eu accès au dossier médical de l’humoriste ?), nous rappelons que les informations médicales au sujet d’un patient sont d’ordre privé, ce qui est loin de constituer un tabou, même bénin, lorsqu’elles ne sont pas divulguées! Aussi, utiliser cette racoleuse histoire (quel que soit son bien-fondé), n’est pas digne de quelqu’un qui se prétend « historien, objectif et neutre ». Cela devient même franchement odieux lorsqu’on rapproche cela d’un « tabou beaucoup plus malin ». De quel « tabou beaucoup plus malin » M. Blanrue veut-il parler : de celui fustigé par la littérature négationniste et qui touche aux chambres à gaz, au génocide des juifs et à la création de l’Etat d’Israël ? Interrogation légitime lorsqu’on constate la volonté de réhabilitation des négationnistes que tente M. Blanrue (plagiat et reprise de la prose de Faurisson et de Garaudy, attention particulière portée à Vincent Reynouard, négationnistes qualifiés de « révisionnistes » pour obtenir leur normalisation intellectuelle…). Que M. Blanrue éclaircisse donc ces points lui qui se prétend honnête homme sans tabous!



















LA REECRITURE DE L’HISTOIRE PAR PAUL-ERIC BLANRUE



Alors que Paul-Eric Blanrue affirme avoir écrit un ouvrage d’historien « neutre » et « objectif », le lecteur critique s’aperçoit rapidement que l’auteur sélectionne soigneusement des déclarations, des extraits de correspondances, des passages de livres qu’il décontextualise et vide de toutes nuances ou complexités analytiques afin d’étayer une thèse assez simpliste: le sionisme n’est jamais (et n’a jamais été, depuis ses origines) qu’une idéologie coloniale et une politique spoliatrice. Plutôt que de discuter, d’argumenter, de contre-argumenter les différentes analyses des historiens, politologues, sociologues et autres intellectuels sur les questions qu’il aborde, notre pseudo-historien se contente d’aligner les affirmations péremptoires et subjectives que l’on retrouve sur Internet. Il semble ainsi totalement ignorer les règles de l’analyse comparative, les principes de l’argumentation raisonnée, les fondements d’une véritable critique objective.











Sur Noam Chomsky (page 193)



Une des impostures intellectuelles les plus frappantes de Blanrue concerne Noam Chomsky (page 193). Répondant sur son blog à Alain Gresh qui lui reproche d’ignorer les positions du linguiste et de la gauche radicale américaine au sujet du lobby pro-israélien aux Etats-Unis, Blanrue affirme suivre « d’assez près la production politique de Chomsky ». Et d’ajouter qu’il se range totalement derrière les thèses de James Petras et de John Mearsheimer et Stephen Walt, sans pour autant expliquer pourquoi. Blanrue ne livre en effet aucune analyse, aucune interprétation, aucun argumentaire : le lecteur ne saura donc pas pourquoi il préfère la thèse des trois auteurs à celle de Noam Chomsky ! En réalité, Blanrue ne connaît sans doute pas – ou ne comprend pas ! – l’argumentation de Chomsky sur le lobby pro-israélien aux Etats-Unis. Lorsque notre gentil pseudo-historien prétend que cet intellectuel considère ce lobby comme une « étiquette vide », il ne fait que reprendre la prose d’Erik Schechter et non les termes de Noam Chomsky qui n’a jamais parlé d’ « étiquette vide »! Car, si l’intellectuel américain reconnaît bien sûr l’existence d’un lobby pro-israélien puissant, il pense toutefois que les intérêts de l’élite nationale américaine et les intérêts des complexes énergétique et militaire sont beaucoup plus influents et sont les véritables maîtres d’œuvre de la politique étrangère américaine. Si les intérêts israéliens correspondent très souvent aux intérêts américains, ce sont, pense-t-il, sans doute possible ces derniers qui influencent la politique globale des Etats-Unis. C’est aussi ce qu’écrivent des intellectuels comme Steven Zunes ou Norman G. Finkelstein, à quelques nuances près.



Quand James Petras affirme que Noam Chomsky est frappé d’une sorte de cécité mentale lorsqu’il s’agit de parler « tout particulièrement du rôle que joue le groupe ethnique auquel il appartient, à savoir le lobby juif pro-israélien et ses soutiens sionistes au sein du gouvernement », il dit très clairement que Chomsky abdique dès qu’il s’agit de critiquer des juifs. Selon Petras, lorsqu’il s’agit du lobby pro-israélien, Chomsky se positionne en tant que juif (donc israélien ?) plutôt que comme américain ! Argument essentialiste indigne et infondé lorsqu’on connaît la production intellectuelle du linguiste ! Petras use d’ailleurs du même odieux artifice dans son débat avec Norman Finkelstein ! Et Blanrue, dans son ignorance crasse, n’hésite pas faire sien cette logique antisémite (« si ces intellectuels ne critiquent pas le lobby juif ou pro-israélien, c’est parce qu’ils sont eux-mêmes juifs !»). M. Blanrue, qui ne démontre jamais, n’argumente jamais, mais se complaît dans les péroraisons creuses et les déclarations péremptoires, a-t-il seulement lu, par exemple, les entretiens entre Gilbert Achcar et Noam Chomsky, durant lesquels les deux intellectuels abordent longuement, entre autres, les questions du lobby pro-israélien et du sionisme ? A-t-il lu Israël, Palestine, Etats-Unis : le triangle fatidique ? A-t-il lu le maître ouvrage d’Anatol Lieven, Le nouveau nationalisme américain, dont le sixième chapitre (pages 377-463) est une remarquable analyse des relations d’Israël avec les Etats-Unis et le Moyen-Orient ? Nous pensons que non. Et c’est bien dommage…











Sur la liberté d’expression (page 199)



M. Blanrue laisse croire que les associations juives ou « quelque gardien de l’ordre social » brandissent la loi Gayssot à tout instant pour réduire au silence les intellectuels osant critiquer Israël, le lobby pro-israélien ou le communautarisme juif. S’il est vrai que s’exerce trop souvent un chantage à l’antisémitisme s’appuyant parfois sur une récupération idéologique et politique de la Shoah, les personnalités citées par le pseudo-historien (Alain Ménargues, Daniel Mermet, Edgar Morin, Dieudonné), mais aussi Pascal Boniface, Renaud Camus, Siné, Charles Enderlin, José Bové ou d’autres encore n’ont jamais été inquiétées au nom de la loi Gayssot, c’est-à-dire parce qu’elles auraient nié ou contesté tel crime contre l’humanité défini dans le statut du Tribunal militaire international de Nuremberg, notamment le génocide des juifs. En réalité, les actions en justice sont le plus souvent menées sur la base des articles de la loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881 en ses multiples révisions, et plus particulièrement aux termes de la loi du 1er juillet 1972 relative à la lutte contre le racisme. Attaquées pour antisémitisme, les personnalités précitées ont souvent obtenu des jugements qui leur étaient favorables. Seuls les négationnistes comme Garaudy, Faurisson ou Reynouard ont été condamnés au nom de la loi Gayssot.



Il est donc licite – contrairement à ce que dit Blanrue - mais moralement, médiatiquement et promotionnellement risqué (c’est là le fond de l’affaire !), de parler d’Israël et des sujets attenants. En outre, les historiens reconnaissent que la loi Gayssot, aussi gênante soit-elle selon l’idée que l’on se fait de la liberté d’expression, n’a jusqu’à présent absolument pas entravé les recherches historiques sérieuses. A moins bien sûr de considérer, comme M. Blanrue, que les négationnistes sont des « historiens révisionnistes ». C’est pourquoi, en affirmant sur son blog que le maintien de « l’immonde loi Gayssot » est le prodrome de la « dictature sioniste », et que « tout le reste, c’est du flan », M. Blanrue se positionne une énième fois en imprécateur outrancier, sans rien démontrer, sans argumenter. Question à notre pseudo-historien : depuis vingt ans que la loi Gayssot existe, quels éléments objectifs démontrent que nous vivons dans une « dictature sioniste » ?











Sur Sigmund Freud et la lettre « inédite » (page 191)



Jacquy Chemouni note que « malgré ses critiques à l’égard du sionisme, Freud restera toute sa vie fidèle à ce jugement positif sur le sionisme exprimé à son fondateur », en d’autres termes fidèle à « la haute estime que – comme tant d’autres – [Freud] porte depuis longtemps, au poète et au combattant pour les droits de [son] peuple » qu’est Herzl. M. Chemouni affirme également que les positions de Freud sur le sionisme « sont nuancées et subtiles parce que pragmatiques et respectueuses autant de l’histoire et des souffrances du peuple auquel il a toujours affirmé appartenir que des réalités sociales et religieuses des autochtones palestiniens ». Rappelant l’adhésion sioniste de Freud et ses liens avec des associations sionistes, rappelant son souci de « ne jamais jouer les maîtres penseurs » et « de ne pas s’ériger en idéal », M. Chemouni précise enfin que « quelle que soit la nature des déclarations de Freud sur le sionisme, il ne l’a jamais abandonné ou condamné. »



De son côté, Paul-Eric Blanrue écrit que le psychanalyste « fut l’une des premières autorités juives mondiales à émettre de sérieuses réserves sur le projet de Herzl ». Le seul élément qu’il présente en appui de sa thèse est la lettre « inédite ». PEB prétend que cette fameuse lettre de Freud du 26 juin 1930 resta inédite jusqu’à sa publication par le Corriere della Sera en 2003, en raison de l’opposition au sionisme qu’elle traduisait. Mais Jacquy Chemouni rappelle qu’elle fut publiée en anglais en 1978, traduite en français et publiée en 1988 puis à nouveau en 1992 avec l’original allemand. Elle n’était donc pas si inédite que cela ! Quant à l’intérêt récent porté aux relations de Freud avec le sionisme, l’auteur pense que « cette attention n’est nullement liée au hasard, elle est motivée par des considérations idéologiques ou politiques plus ou moins explicitement avouées. (…) Elle obéit sans doute, pour une grande part, à cette « compacte majorité » antisioniste et anti-israélienne qui se dégage de plus en plus, et sans nuance, dans notre paysage intellectuel. » En outre, ajoute M Chemouni, « afin d’éviter toute lecture partiale et partielle de Freud, il est essentiel d’offrir un aperçu assez représentatif de son engagement envers la cause sioniste. »



Rappelons que Jacquy Chemouni est docteur en histoire, professeur de psychologie clinique et de psychopathologie, et l’auteur de Freud et le sionisme, ouvrage de référence sur la question. Edward W. Saïd y fait notamment référence dans son livre Freud et le monde extra-européen. Paul-Eric Blanrue est lui titulaire d’une maîtrise d’histoire portant sur le comte de Chambord et l’auteur inoubliable de Carla et Nicolas. Chronique d’une liaison dangereuse et de Diana, l’enquête jamais publiée ! Autant dire un spécialiste reconnu du freudisme ou de l’histoire du sionisme !











Sur la lettre d’Albert Einstein (pages 191-192)



Cette lettre est en réalité une pétition publiée le 4 décembre 1948 et signée par plusieurs intellectuels juifs américains (dont Hannah Arendt et Albert Einstein) qui illustre les affrontements idéologiques et politiques violents qui divisent les sionistes au moment de la naissance difficile de l’Etat d’Israël. Pour simplifier, on trouve d’un côté le sionisme dit « travailliste » (d’inspiration marxiste et aux idéaux socialistes) dont le chef de file est David Ben Gourion et dont les pétitionnaires se réclament ; et de l’autre côté le sionisme dit « révisionniste » inspiré par les thèses de Zeev Jabotinsky et représenté notamment par Menahem Begin, chef de l’Irgoun, organisation fascisante ayant systématiquement recours, comme le Lehi, au terrorisme dans sa lutte contre les Britanniques et les Arabes (attentat contre l’hôtel King David de Jérusalem, massacre du village de Deir Yassine).



En 1948, suite à l’ « affaire de l’Altalena », l’Irgoun est dissout et Begin fonde alors le parti Herout (« parti de la Liberté »). Dans l’optique des premières élections législatives à la Knesset qui doivent avoir lieu en janvier 1949, le leader politique se rend aux Etats-Unis pour obtenir des appuis politiques et financiers. En dénonçant l’idéologie fasciste du parti Herout et en rappelant ses crimes terroristes, les pétitionnaires entendent alors alerter l’opinion américaine contre les risques d’une « droitisation » du sionisme, et éviter ainsi que ce mouvement ne se renforce et n’accède au pouvoir en Israël. De retour au pays, Menahem Begin obtient 11,5% des voix, terminant en quatrième position, loin derrière le Mapaï (le « Parti travailliste ») qui sera au pouvoir jusqu’en 1977.



Or, selon Paul-Eric Blanrue, la lettre d’Einstein « était une condamnation sans équivoque de la politique d’Israël naissant ». Notre pseudo-historien achève ici de démontrer qu’il n’entend strictement rien à l’histoire complexe et tumultueuse du sionisme. Son analyse est péremptoire et erronée : en tronquant la lettre, M. Blanrue a non seulement gravement altéré sa signification, mais surtout en ignorant le contexte historique de sa rédaction, il en a fait une arme au service de sa propagande « antisioniste ».











Sur quelques procès cités par Paul-Eric Blanrue (pages 144 et 55)



Au sujet du procès intenté à Edgar Morin, Sami Naïr, Danièle Sallenave et au quotidien Le Monde par Avocats sans frontières et France-Israël, Blanrue écrit que « Goldnadel [les] fit condamner par la Cour d’appel de Versailles pour diffamation raciale ». Il cite à l’appui de ses dires un article de la LDH. Sauf que le même article dit bien que cet arrêt a été définitivement annulé par la Cour de cassation le 12 juillet 2006. Blanrue omet donc volontairement et soigneusement cette précision, ce qui accrédite son idée d’un lobby sioniste muselant les intellectuels et la liberté d’expression avec l’appui de la justice.



Au sujet de l’affaire du Centre Simon-Wiesenthal, on constate qu’il reproduit servilement, en note 39 de la page 55, la version archivée Wikipédia de l’article « Centre Simon-Wiesenthal » du 1er décembre 2008 : « Le 8 mars 2007, la 17ème chambre du tribunal correctionnel de Paris a condamné le Centre Simon Wiesenthal pour diffamation envers le Comité de bienfaisance et de secours aux Palestiniens. Le Centre a qualifié le Comité en novembre 2004 d'« association française qui finance le terrorisme et qui est proscrite aux États-Unis ». Dans un communiqué, le Centre Simon Wiesenthal Europe a indiqué qu'il avait fait appel de cette décision ». Cette notice permet à M. Blanrue de discréditer une institution qu’il juge « sioniste ». Mais la paresse intellectuelle et la confiance aveugle en Wikipédia de l’auteur font qu’il ignore que l’appel a finalement été jugé le 1er octobre 2008 - son livre ne le mentionne pas. C’est d’autant plus fâcheux que la cour d’appel a infirmé le jugement de première instance au bénéfice du Centre Simon Wiesenthal. Un nouveau camouflet pour celui qui se prétend historien ! Ironie de l’histoire : trois semaines après la sortie de Sarkozy, Israël et les Juifs, la cour de cassation confirme l’arrêt de la cour d’appel. Le Centre Simon-Wiesenthal n’a donc pas diffamé !











La pensée sélective de Paul-Eric Blanrue et le goût pour la calomnie



M. Blanrue semble systématiquement à l’affût de la moindre polémique, souvent crapoteuse, qui viendrait soit confirmer ses présupposés idéologiques soit alimenter l’ineptie de ses gloses. Il semble peu se soucier de rechercher la vérité historique et préfère relayer ce qui fait du bruit, ce qui agite. Ainsi, dans Le Monde contre soi, il poursuit, par exemple, le procès en antisémitisme de Victor Farias contre Salvador Allende et ignore volontairement les réfutations de cette thèse, notamment celle de son « amie » Elisabeth Roudinesco. Au sujet de George Orwell, il écrit qu’ « il semble qu’en privé, il se laissait aller à une certaine forme d’antisémitisme », s’appuyant uniquement sur un article du Guardian publié en 1996. Il ignore ici encore l’histoire de cette « très ancienne calomnie depuis longtemps réfutée » et participe, par son ignorance crasse, à la « campagne européenne de désinformation » initiée par le Guardian contre l’écrivain britannique (lire Jean-Claude Michéa, Orwell éducateur).



Ce pseudo-historien qui prétend être animé par l’esprit critique, zététique, s’accommode en réalité trop souvent de contre-vérités, d’approximations, de calomnies, d’erreurs historiques. Lorsqu’il s’attaque au sionisme ou au « lobby juif », il tente de masquer ces lacunes grossières en multipliant à l’excès les citations de personnalités dont il pense qu’elles partagent peu ou prou ses présupposés. Par exemple, il ne craint pas - nous l’avons vu - de s’abriter ainsi derrière l’autorité de grandes figures intellectuelles juives, Freud et Einstein, dont il a au préalable dénaturé les idées. Mais tout zététicien ou rationaliste qui se respecte - et Paul-Eric Blanrue comme Jean Bricmont revendiquent cette « étiquette » - ne saurait ignorer que « l’appel à l’autorité est un sophisme lorsque l’autorité mentionnée n’en est pas vraiment une. Par exemple, faire appel à Einstein pour appuyer un argument en matière religieuse [ou politique] serait un appel injustifié à l’autorité. Einstein était un expert en physique et pas en religion [ou politique]». En conséquence, même si Einstein avait « condamné sans équivoque (…) la politique d’Israël naissant » comme le prétend fallacieusement M. Blanrue, cela ne constituerait pas un élément pertinent pour une analyse du sionisme. Enfin, rappelons que « les appels à l’autorité ne deviennent pas justifiés lorsque l’on cite plusieurs experts qui pensent que quelque chose est vrai. Si les autorités sont hors de leur domaine de compétence ou si le sujet est controversé, faire une longue liste de partisans ne rendra pas l’appel plus justifié ». Or, on constate que le livre de M. Blanrue, bien qu’il s’en défende, est à charge et ne retient que ce qui va dans le sens d’une condamnation sans nuances du sionisme : tout élément d’analyse mesurée de cette idéologie complexe et de son histoire mouvementée est systématiquement écarté.



Si Freud et Einstein sont récupérés comme cautions intellectuelles et morales, ils sont en revanche facilement désignés à la vindicte des lecteurs à la seule fin de critiquer un discours de Nicolas Sarkozy (page 91). Et si, effectivement, le freudisme et la psychanalyse font à juste titre, depuis près de soixante ans, l’objet de critiques scientifiques sérieuses, justifiées et parfois féroces (Michel Onfray et Paul-Eric Blanrue ne nous apprennent donc rien de nouveau), l’accusation simpliste et souvent idéologiquement orientée qui consiste à faire d’Einstein le plagiaire opportuniste d’Henri Poincaré est une imposture intellectuelle ancienne (voir Jean Eisenstaedt, Einstein ou Poincaré ? http://www.ihes.fr/document?id=1163&id_attribute=48). Le livre de Jean Hladik (qu’aurait lu M. Blanrue) s’inscrit justement dans cette tradition et propose par ailleurs une explication psychanalytique de café du commerce qui contraste avec l’éloge dithyrambique fait à Henri Poincaré. Le but étant clairement de poser Einstein en méchant arriviste et Poincaré en gentil naïf désintéressé. L’argumentation semble suffire à M. Blanrue, improvisé historien des sciences et physicien… Nous lui conseillons donc la lecture du livre de Jean Staune, Notre existence a-t-elle un sens ?, afin qu’il mesure l’importance réelle des travaux d’Einstein dans l’histoire des sciences.











« JE SUIS CENSURE ! » : SLOGAN D’AVENIR DES PETITS PLUMITIFS ?



Disons-le tout net, nous ne croyons pas à la fable promotionnelle de M. Blanrue selon laquelle son livre aurait été refusé en France, accepté en Belgique par un « éditeur courageux » pour finalement être l’objet d’une « censure par le vide » ou d’une « omerta ». Cette histoire ne repose que sur les affirmations de PEB et de son éditeur ; or, nous allons montrer que leur crédibilité doit fortement être remise en question (ce que personne n’a entrepris de faire). Nous avons déjà démontré cette imposture dans notre article précédent mais nous apportons aujourd’hui quelques précisions qui méritent réflexion.



Lors de sa conférence de presse, PEB affirme avoir « signé ce livre début mai » avec son éditeur mais, dans sa postface inédite à la troisième édition, iil écrit : « Entre le 20 et le 24 avril 2009, alors que la première édition de ce livre était à l’impression… ». Donc le livre a été imprimé avant d’être présenté à l’éditeur Marco Pietteur. Une première dans l’édition ? Quant à la lettre de son ami Franck Spengler, elle est datée du 12 avril 2009 (comme sa Note au lecteur, page 20) ; tandis qu’en page 171, l’auteur relate la remise de la Légion d’honneur à André Glucksmann le 15 avril. Se pourrait-il que M. Spengler n’ait eu en main qu’une partie du livre ou une sorte de synopsis ? Mystère. Quoi qu’il en soit, la lecture des réponses des éditeurs datées du 8 et 9 avril (cinq au lieu des quinze annoncés) qu’il a publiées sur son blog montre, sans doute possible, que ces maisons n’ont jamais eu le manuscrit et que leurs refus d’éditer PEB n’a rien de surprenant ou choquant. Nous pensons donc, pour conclure sur ce point, que cette histoire de censure et de liberté d’expression n’est qu’une habile stratégie commerciale, une fable, dont le premier promoteur (et peut-être le concepteur) fut Thierry Meyssan, appuyé ensuite par Silvia Cattori. Effroyable imposture donc autour de l’idée d’une atteinte à la liberté d’expression, mais qui fonctionna à merveille. Depuis, M. Blanrue est obsédé par les chiffres de vente de son bouquin sur Amazon… Pourquoi une telle obsession ?



Avant 2007, PEB ne vend pas beaucoup et surtout ne rencontre aucun succès critique. Petit journaliste écrivain cantonné aux pseudo-mystifications, il peine à trouver le sujet porteur. C’est son association avec Chris Laffaille qui lui permet d’obtenir une petite notoriété, grâce à quatre livres people (dont deux quick-books), le tout publié aux éditions Scali. Mais, catastrophe, à l’automne 2008, la maison dépose le bilan - résultat d’une politique éditoriale catastrophique et racoleuse - et se retrouve dans l’impossibilité de payer nombre de ses auteurs. PEB doit trouver une solution. Trois mois plus tard, il entame l’écriture de Sarkozy, Israël et les Juifs. Il affirme que c’est à la suite du massacre de Gaza et de l’envoi de la frégate Germinal par la France qu’il entreprend ce travail, car « dans la réalité des journaux, il n’y avait pas grand-chose. (…) les gens étaient très timorés, très peureux, comme s’ils étaient sous l’emprise d’une terreur » (conférence de presse du 4 juin 2009). Mais si, comme il le prétend, le drame de Gaza l’a incité à l’écriture, pourquoi a-t-il gardé le silence en 2006-2007, au moment où l’essentiel des faits qu’ils rapportent dans son livre était déjà connu, et à une période où l’ « urgence » et le caractère « brûlant » de l’actualité – arguments mis en avant pour la promotion du livre – pouvaient être invoqués, notamment après l’invasion du Liban par l’armée israélienne à l’été 2006 ? Comment explique-t-il son passage idéologique de Pierre-André Taguieff à un « antisionisme » plus que douteux entre 2007 et 2009 ?











CONCLUSION



Le « phénomène » Paul-Eric Blanrue nous importe peu. Nous avons l’intime conviction que ce n’était qu’un feu de paille, une pitoyable escroquerie intellectuelle d’un petit « écrivain » sans talent, prêt à tout pour se faire un nom dans le paysage médiatico-littéraire, et qui, dans une certaine mesure, a réussi. En revanche, nous sommes étonnés de voir que des spécialistes autoproclamés des médias ou du conflit israélo-palestinien, comme Jean Bricmont, Michel Collon ou Olivier Mukuna, n’ont pas vu – n’ont pas voulu voir - la supercherie dont ils ont été les complices objectifs et actifs. Nous qui avons lu avec plaisir leurs livres, avons écouté attentivement leurs interventions, sommes bien obligés de reconnaître qu’ils ont renoncé à tout esprit critique en ce qui concerne le sieur Blanrue. Pourtant, ces trois personnalités qui ont en commun non seulement d’être Belges mais aussi connaisseurs des médias auraient dû, dès les premières pages du livre de Paul-Eric Blanrue, flairer l’entourloupe. L’éditeur Marco Pietteur nous gratifie en effet d’une relecture très personnelle (pages 13-14), très libérale, malhonnête et fallacieuse, de l’affaire qui toucha le magazine Le Vif /L’Express en Belgique, fin 2008-début 2009 (voir, par exemple, http://www.respire-asbl.be/Le-Vif-Un-journalisme-mis-au-pas). Mais nos trois sommités ne semblent pas l’avoir relever, un comble ! Nous expliqueront-ils un jour les raisons de leur aveuglement et de leur renoncement critique ? Rien n’est moins sûr.











Le 1er août 2010



Saidchomsky

Fâchés et cupides?

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Chris Rock aime les femmes

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samedi 11 septembre 2010

Saidchomsky dégonfle la baudruche Soral

Lundi 31 mai 2010. Alain Soral, assis sur son canapé, attend impatiemment de voir apparaître dans sa petite lucarne Noam Chomsky. Il a déjà en tête le papier assassin qu’il publiera deux semaines plus tard, dans sa brochurette Flash, à la seule fin de séduire un peu plus son petit groupuscule de groupies frustrées, obnubilées par Israël et les juifs. En quelques lignes, il le sait déjà, il réglera son compte à Chomsky, comme il l’a fait par le passé avec Bourdieu, Arendt ou Castoriadis. Lorsque la voix de Frédéric Taddeï se fait entendre, le cœur de l’ « intellectuel français dissident » s’emballe, le stylo à la main l’ex-dragueur frénétique est prêt à cracher son encre vénéneuse…

Jeudi 17 juin 2010. Le Bloc-notes sur Noam Chomsky est enfin publié (http://www.egaliteetreconciliation.fr/Bloc-notes-No42-3608.html). Pas de doute, le boxeur Alain Soral est une bonne plume, son style est incisif, chaque mot qu’il assène vise à mettre K.O. son adversaire. Mais le tout manque de panache, l’ancien mannequin (sic) de Jean-Paul Gaultier multipliant les coups en-dessous de la ceinture. Tout comme la bien triste pisse-copie de Rivarol, Donatella Maï, une semaine plus tôt, Alain Soral veut en finir avec Noam Chomsky, et pour cela, tous les moyens sont bons.

Noam Chomsky le Frivole et Alain Soral le Sérieux

Alain Soral semble croire que les médias ont activement promu le passage de Chomsky à Paris et reprend à bon compte la formule du New York Times sur « le plus grand intellectuel du monde », ce qui lui permet d’en faire une vulgaire star médiatique, pur produit de l’industrie du spectacle, une sorte de Mick Jagger de la pensée. Il nie donc sans vergogne la réalité du traitement médiatique réservé à Noam Chomsky à cette occasion (un seul passage radio, un seul passage télévisé, des journaux majoritairement silencieux ou très critiques) mais aussi l’hostilité générale de la caste culturo-médiatique française depuis trente ans. Cette contorsion du réel a pour fonction d’imposer au lecteur l’implicite sophisme, éculé mais redoutablement efficace : « les médias promeuvent toujours le frivole au détriment du sérieux, Chomsky est promu par les médias, donc l’œuvre et la pensée de Chomsky sont frivoles ». A défaut d’être sérieux, Alain Soral démontre au moins qu’il a lu Aristote.

Voici ensuite Jacques Derrida et René Girard convoqués en appui de la charge soralienne. Jacques Derrida n’aurait été qu’un « charlatan » brassant du « vent », et ce serait uniquement « l’industrie de la réclame » qui lui aurait permis d’obtenir une reconnaissance universitaire et mondiale. Tandis que dans le même temps, René Girard, « penseur chrétien » et artisan méticuleux, offrait un travail sérieux, une « œuvre », qui ne rencontra pas le même succès, le même enthousiasme. Cette opposition artificielle a pour fonction de renvoyer le lecteur à celle que Soral établit entre lui-même, « penseur national, régional, bouseux… » et l’intellectuel américain, « immense esprit cosmopolite ». Comprendre : là où Alain Soral élaborerait « patiemment » une œuvre depuis 1976 (il serait « agitateur » depuis cette année précise – alors qu’il ne publie des essais qu’à partir de 1996), Noam Chomsky, en soixante ans d’activités intellectuelles, n’aurait joué que de la trompette.

Acmé de ce préambule, le jugement définitif porté par Soral, sur la base de l’émission de quarante minutes de Frédéric Taddeï : Chomsky est « un tout petit intellectuel de gauche – sorte de Sartre américain racontant toujours les mêmes platitudes anticolonialistes cinquante ans après qu’elles aient perdu toute pertinence pour comprendre les conflits actuels, notamment en Palestine – un tout petit joueur, un tricheur et même un menteur sur tous les sujets abordés ce soir là ». Petit joueur, tricheur et menteur donc, c’est-à-dire quelqu’un qui trompe sciemment, un manipulateur. Ni plus ni moins !

Noam Chomsky n’est pas un linguiste

Car, selon Alain Soral, le prestige de Chomsky ne tient qu’en deux points : « une certaine autopromotion communautaire » et la linguistique.

L’« autopromotion communautaire » : comprendre que c’est à la communauté juive (américaine, russe ou mondiale, c’est au choix) que Chomsky doit en (grande) partie sa notoriété, en raison sans doute d’une certaine solidarité tribale, ethno-tribale ou ethnico-religieuse. Affirmation gratuite et douteuse : le sérieux de Soral à l’œuvre !

La linguistique : Noam Chomsky n’est pas linguiste, c’est André Martinet, linguiste fonctionnaliste, et donc « adversaire » et farouche critique de la linguistique générative, qui l’aurait soufflé à Alain Soral en 1980 lors d’une discussion privée. Les initiés connaissent l’histoire de l’article écrit par Chomsky dans les années 50 et refusé par Martinet du temps où celui-ci dirigeait la revue Word aux Etats-Unis. Ils savent aussi la dureté des critiques que le linguiste français portait à l’endroit de son homologue américain (mais aussi d’Emile Benveniste). Les profanes seront quant à eux séduits par l’anecdote rapportée par Soral : outre qu’elle présente l’avantage de ne jamais pouvoir être réfutée par M. Martinet, elle laisse en effet croire que le sieur Soral, alors âgé de vingt-deux ans et n’ayant sans doute pas de connaissances en linguistique sérieuses à cette époque (les a-t-il seulement aujourd’hui ?), cette anecdote laisse donc penser que le sieur Soral discutait d’égal à égal avec André Martinet. Ce qui ne peut que profiter à l’image, à la légende soralienne. Mais même en admettant que l’anecdote soit vraie, en quoi l’avis de M. Martinet devrait-il primer sur la réalité objective, à savoir que l’ensemble de la communauté des linguistes admet que Noam Chomsky a incontestablement marqué l’histoire de cette discipline, et ce « quoi qu’on pense du sujet » ?

Revenons à l’autopromotion communautaire et appliquons cette logique à son concepteur Alain Soral: en 1980, souffrant d’une « grande solitude affective », Soral est « recueilli » par Henriette Walter et son époux, et profitant de leur bienfaisance, entre à l’EHESS (où enseigne Mme Walter, aux côtés de M. Martinet, depuis une dizaine d’années). Avec le fils Walter, Eric, alias Hector Obalk, il travaille durant trois ans sur un livre dont le sujet est la mode, livre publié en 1984 et en grande partie le fruit du travail des Walter. Ce livre lance véritablement Alain Soral, professionnellement et financièrement. Or, c’est un livre écrit en famille, une famille bien placée, la famille Walter sur laquelle vient se greffer le jeune Soral: doit-on y voir la manifestation d’un certain népotisme ou d’une certaine solidarité communautaire (la communauté familiale élargie) ? Et le crédit aveugle accordé à l’assertion d’André Martinet, d’origine savoyarde, disciple de Ferdinand Saussure, suisse, doit-il être considéré comme la manifestation évidente d’une certaine solidarité ethnique et nationale de la part de maître Soral, d’origine savoyarde et citoyen suisse ?

Noam Chomsky hors de son domaine de compétence

Alain Soral ne croit donc pas que Noam Chomsky est véritablement un linguiste mais il est toutefois disposé à admettre cette possibilité. Cette concession, il l’a fait pour mieux avancer son argument suivant : si Noam Chomsky est linguiste, il n’est en conséquence pas compétent pour parler politique internationale ou philosophie politique. Soral pose la question : « en quoi la linguistique autorise-t-elle l’expertise idéologique et politique ? » Et il donne la réponse : « En rien. » Nous demandons à notre tour à M. Soral: « en quoi le fait d’être dépourvu du baccalauréat et de diplômes universitaires, en quoi le fait d’avoir fait les Beaux-Arts et commis des livres sur la mode et la drague vous autorise-t-il l’expertise idéologique, politique et sociale dont vous nous abreuvez depuis une dizaine d’années ? » A suivre cette logique, on serait tenté de répondre « En rien ». Mais nous croyons, comme Alain de Benoist, que ce qui compte c’est avant tout de se situer du côté de la vérité (et non à droite ou à gauche), donc de l’honnêteté intellectuelle. Honnêteté intellectuelle qui devrait conduire à reconnaître que, non seulement Noam Chomsky ne nous « abreuve » pas « depuis les années 60, de sa critique gauchiste de la politique étrangère américaine et des mass-médias » puisqu’il n’est régulièrement publié en France que depuis la fin des années 90, mais qu’en outre il importe peu que l’intellectuel soit « gauchiste » (on connaît l’aversion de Soral pour cette catégorie), « anarchiste », professeur d’hébreu dans sa jeunesse, d’origine russe ou encore « le plus grand intellectuel du monde », autant d’étiquettes souvent réductrices et reprises par les médias, et Soral, et qui ne traduisent absolument pas la complexité du personnage. Ce qui compte, c’est donc bien d’analyser ses écrits et ses discours : à défaut de parler des premiers, le penseur franco-suisse parle de l’entretien avec Frédéric Taddeï. Mais que dit-il ?

Sur le rôle des médias dans le consentement des masses

Alain Soral semble reprocher à Noam Chomsky ses travaux sur la « fabrication du consentement » dont le succès éclipserait de manière scandaleuse les écrits fondateurs d’un Edward Bernays ou de George Orwell. Or, si les médias se réfèrent plus - dans une mesure toute relative – au premier qu’aux deux autres, est-ce la faute du linguiste ? Et est-il responsable de cette sacralisation (pas toujours bien intentionnée) qui fait de lui « le plus grand intellectuel du monde » ? Rappelons tout de même que dans La Fabrication du consentement, Chomsky et Edward Herman ne cachent pas ce qu’ils doivent au penseur britannique et au publicitaire : Soral le saurait s’il n’avait pas lu que la couverture du livre ! Procès d’intention donc qui n’honore pas celui qui a tellement emprunté (doux euphémisme) à Michel Clouscard, Christopher Lasch, Philippe Muray ou Lucien Goldmann.

Sur la violence israélienne

La politique du pire de l’Etat d’Israël serait liée, selon lui, à la lecture de l’Ancien Testament : interprétation culturaliste qui n’a rien à envier à la fumeuse théorie du « choc des civilisations ». Interprétation qui crédite le judaïsme d’une essence fondamentalement violente et haineuse et qui occulte les complexités historiques et politiques ayant conduit cette région à la situation actuelle. Où comment substituer à une conception matérialiste de l’Histoire une interprétation théologico-culturelle vaseuse (rappelons qu’Alain Soral se réclame du marxisme orthodoxe de György Lukacs, quelle ironie !). Quel penseur, aujourd’hui, d’Alain de Benoist à Emmanuel Todd, de Norman Finkelstein à Jean-Claude Michéa, d’Aymeric Chauprade à John Mearsheimer, pour ne citer que ceux susceptibles de trouver grâce aux yeux de l’ « intellectuel dissident français », quel penseur soutiendrait sérieusement une telle analyse ?

Quant à l’Etat d’Israël, Etat jeune, nous sommes d’accord pour dire que dans sa forme actuelle (non définitive) il s’agit d’un « Etat théologico-racial ». En revanche, nous sommes étonnés de l’interprétation soralienne, simpliste et fallacieuse mais à la mode, des conditions de sa naissance, à savoir une naissance dans « le mensonge et le vol ». Donc illégitime. Et si illégitime, alors…

Nous sommes étonnés parce qu’Alain Soral ne parle jamais de mensonge et de vol lorsqu’il s’agit de la conquête de l’Algérie ou d’une partie du monde par l’Etat français, il ne parle jamais d’ « illégitimité » de l’Empire français, il préfère toujours rappeler que la colonisation est un processus historique plurimillénaire qui a concerné tous les peuples, tour à tour colonisés et colonisateurs. Analyse de bon sens qu’il n’applique jamais à la colonisation israélienne, soit deux poids deux mesures. Et, lorsqu’il considère qu’une Algérie française accordant la pleine citoyenneté à sa population indigène était la meilleure solution (selon lui celle de Jean-Marie Le Pen à l’époque) pour la France et les Algériens au bout de 130 ans de colonialisme, est-ce à dire qu’il admet que l’Etat d’Israël, après 60 ans de colonialisme, sera légitime dès qu’il accordera la pleine citoyenneté à l’ensemble des populations vivant à l’intérieur des ses frontières actuelles ?

Question subsidiaire : pourquoi la violence israélienne puiserait-elle nécessairement ses sources dans l’Ancien Testament alors que, pour Soral, il est hors de question de suggérer que la violence coloniale française se soit inspirée d’une certaine conception des Lumières, de la Bible ou de l’héritage chrétien ?

Israël, c’est l’Amérique !

Alain Soral semble vouloir confirmer qu’il a bien un « petit niveau de penseur (…) bouseux ». Il chicane Noam Chomsky sur l’emploi du terme Amérique : en fait d’Amérique, l’"Américain" (notez les guillemets ajoutés par Soral) s’en prendrait au peuple des Etats-Unis, les yankees et les rednecks (notez la finesse de ces appellations insultantes, jamais employées par Chomsky mais bien par Soral), qu’il tiendrait responsable du soutien à Israël, dédouanant au passage les dirigeants américains (entendre : américano-sionistes) et les dirigeants israéliens (entendre judéo-sionistes) de toute responsabilité dans la situation actuelle. Alain Soral démontre en quelques lignes qu’il n’a jamais lu Chomsky, qu’il manque de clairvoyance et fait preuve d’un certain délire interprétatif.

Tout comme Emmanuel Todd écrivant dans Après l’empire que « les textes de Noam Chomsky [ne recèlent] aucune conscience de l’évolution du monde » et que cet intellectuel est « un de ces antiaméricains structurels » dont « le rapport au réel et au temps […] est celui des horloges arrêtées qui sont quand même à l’heure deux fois par jour. » Faisons joyeusement remarquer à notre cher démographe fâché avec les mathématiques que, deux fois par jour, c’est excellent si l’on admet qu’une montre fonctionnant normalement, ne pouvant par définition jamais être absolument à l’heure (même s’il s’agit de la montre atomique actuelle la plus précise), on est forcé de conclure que « plus une montre est précise, plus de temps passe avant qu’elle donne de nouveau l’heure exacte ». « Ainsi, une montre beaucoup plus précise, qui ne perd qu’une seconde par jour, ne donne l’heure juste qu’environ tous les 118 ans » (Paolo Gangemi, Salades de mathématiques, First editions, 2010). Le tout étant de savoir si nos belles pendules soralienne et toddesque préfèrent être arrêtées (donc deux fois à l’heure tous les jours) ou obligatoirement en retard (donc une fois à l’heure tous les cent-sept ans). On leur suggérerait volontiers la première option !

Sur la colonisation française

Alors que Noam Chomsky est sommé de faire plus clairement la distinction entre les dirigeants américains et le peuple américain, Alain Soral nie totalement la possibilité « d’un autre Israël [entendre : d’un peuple israélien] démocratique et laïque » Où quand la logique est sacrifiée sur l’autel de la partialité. Mais jusqu’où va-t-il descendre ?

Jusqu’à la colonisation française. Et là, il nous sert une énième fois « le paralogisme de l’homme de paille » : pour convaincre que sa culture historique surpasse celle de Noam Chomsky, Alain Soral expose et caricature l’argumentaire de son adversaire (au sujet d’Haïti et de ses liens avec la France) jusqu’à produire un argumentaire nouveau qui n’a plus rien de chomskyen mais tout de soralien. Il crée ainsi les conditions qui lui permettront ensuite de détruire, sans trop d’effort, l’argumentaire initial de Noam Chomsky. L’honnêteté intellectuelle nécessiterait que Soral « [présente] les idées [qu’il conteste] sous leur jour le plus favorable ». Car, « les victoires remportées dans un débat [différé, et contre un adversaire absent] perdent de leur valeur et de leur importance proportionnellement au non-respect de ce principe fondamental » (Normand Baillargeon, Petit cours d’autodéfense intellectuelle, Lux éditeur, 2005).

Alors, bien sûr, il peut appeler à la rescousse Jacques Marseille et Bernard Lugan dont les travaux sont importants et à lire, mais on voit mal en quoi ils servent à comprendre la spécificité de l’histoire d’Haïti. Or, c’est bien d’Haïti dont Chomsky parle : il lie la très grande misère économique actuelle du pays aux conditions réelles de son indépendance nationale au XIXe siècle, à savoir la très lourde dette financière imposée en 1825 par la France, dette qu’Haïti n’arrivera jamais à rembourser et qui l’enfermera dans un endettement international mortifère. En sus, l’impérialisme belliqueux américain achèvera de plonger le pays dans la misère économique. Il n’y a donc pas d’ « approximations gauchistes » chez Noam Chomsky mais plutôt, chez Alain Soral, la fâcheuse tendance à voir dans tout éclairage du passé un appel à la « repentance ».

Questions subsidiaires : la société israélienne actuelle, dont l’historienne Idith Zertal a bien montré dans La nation et la mort - ouvrage connu en France grâce, entre autres, au « gauchiste » Daniel Mermet et à… Dieudonné ( !) - qu’elle avait majoritairement rompu avec la mémoire officielle des premiers colons, cette société israélienne doit-elle faire repentance et s’apprêter à payer des réparations dont on n’ose imaginer le coût, parce que certains remettent en cause la légitimité de l’Etat d’Israël qu’ils estiment « fondé sur le mensonge et le vol » ? Ou encore, et pour suivre le cynisme et la logique tortueuse de M. Soral, pourquoi donc considérer les Palestiniens comme victimes et les Israéliens comme coupables alors que ces « qualités » sont refusées aux Haïtiens et aux Français ? Les principes ne s’appliquent-ils que dans un sens?

Sur le professeur Faurisson et le 11 septembre

Contentons-nous de renvoyer Alain Soral au texte de Pierre Guillaume, En finir avec Chomsky, qui salue le courage et la constance de l’intellectuel américain pour sa prise de position en faveur de la liberté d’expression pour les négationnistes, et sa défense continue de ce principe selon une conception typiquement anglo-saxonne. Le récent soutien apporté à la pétition en faveur d’une libération de Vincent Reynouard confirme, sans doute possible, les dispositions de Noam Chomsky. Lier Noam Chomsky au texte d’Amédéo Bordiga est donc une pure invention soralienne qui occulte le contexte réel décrit par un des acteurs majeurs de cette « affaire » : Pierre Guillaume.

Cette affabulation permet à l’ex-mannequin et donneur de leçon de railler le manque de courage de l’intellectuel américain. Etonnant manque de courage qui amena cet Américain à rencontrer les dirigeants des Etats classés « voyous » par les Etats-Unis, Fidel Castro et Hugo Chavez, à rencontrer en 2006 Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah libanais, organisation classée « terroriste » par les Etats-Unis… ou à prendre la défense de l’universitaire Norman Finkelstein lorsque celui-ci fut violemment attaqué par le lobby pro-israélien aux Etats-Unis. Passons les innombrables preuves de courage politique depuis plus de quarante ans de cet actif militant (l’affaire des Cinq, le ViêtNam…), elles ne pèsent sans doute rien face à l’engagement politique récent de M. Soral.

Quant au 11 septembre, les positions de Noam Chomsky ne sont pas très éloignées de celles d’Alain de Benoist : doit-on en déduire que cela « situe le génial rebelle [De Benoist] au-dessous de Sharon Stone, de Jean-Marie Bigard et Mathieu Kassovitz » ? Ajoutons que si Alain Soral passe effectivement une demi-heure sur internet pour cerner chaque sujet qu’il analyse, on comprend mieux la pauvreté et le simplisme de certaines de ses conclusions !

En guise de conclusion


Le 13 juin 2004, dans l’émission Train Bleu sur la Radio Suisse Romande, interrogé au sujet des gens qu’il trouve bien, Alain Soral répond : « j’aime bien Serge Halimi, y’a les mecs du Monde diplomatique qui sont pas mauvais (…) y’a aussi les éditions de La Fabrique, un certain monsieur Hazan (…) y’a toujours deux trois mecs courageux (…) ».

Que s’est-il passé en six années pour que monsieur Alain Soral devienne si vindicatif à leur égard ? Car nous rappelons que c’est le Monde diplomatique qui a largement contribué à faire connaître Noam Chomsky dont il partage l’analyse géopolitique et l’analyse des médias.

En guise d’épilogue

Alain Soral prend souvent un malin plaisir à lancer des attaques ad hominem gratuites et méchantes : ceux qui sont ses cibles sont souvent moqués en raison de leur physique (Besancenot, Dantec, Pierre Menes, Elizabeth Levy, Anne-Sophie Mercier…). Il affectionne aussi particulièrement la psychologie (la psychanalyse) de comptoir qui lui permet d’expliquer tel ou tel parcours professionnel ou médiatique : c’est sa théorie (en partie fondée) du culturo-mondain qu’il fétichise à l’envi et, plus globalement, l’explication par la femme, à savoir le « cherchez la femme » des romans policiers qu’il applique à sa sociologie. Dernière victime en date : son maître à penser, le défunt Michel Clouscard, sur la tombe duquel il n’hésite pas à cracher (Flash n°38, 22/04/10, voir http://www.egaliteetreconciliation.fr/Bloc-notes-No38-3212.html). Et puis les attaques sous la ceinture : Ardisson ravalé au rang d’adorateur des négationnistes (les fameuses « annales ») tout comme Taddeï par association (c’est le sens du « formé par Ardisson », à savoir qui s’assemble se ressemble). Enfin, rappelons la putassière théorie de Soral concernant la mort de Cornelius Castoriadis qu’énonce Alain Soral au micro de Radio 103 le 23 août 2005 :

J’étais élève à l’EHESS dans les années 80, et j’étais dans son séminaire, un peu par hasard parce que quelqu’un m’avait dit que c’était pas mal. Et en fait à l’époque j’avais besoin d’avoir le statut d’étudiant pour des raisons presque de sécurité sociale et, entre autres cursus, j’avais fait les Beaux-Arts et l’EHESS.

Donc je m’suis retrouvé l’élève de Castoriadis qui m’a jamais, je dois le dire, impressionné. Je pense que c’était pas un mec très sérieux, il m’a jamais impressionné. J’en dirai pas de mal puisqu’il a eu une fin tragique, il s’est suicidé, donc…

C’est toujours étrange quand un vieux maître à penser comme ça se suicide. Je crois qu’il s’est peut-être pas remis de… soit c’est une histoire de femme soit il s’est pas remis de ses prédictions ridicules sur… Vous savez, parce qu’à l’époque il écrivait des bouquins où il prétendait que les Russes allaient nous envahir quand même…

C’était sa thèse des années 80, ca s’appelait Devant la guerre je crois, ou un truc comme ça, et il prétendait que les Russes, comme ils étaient au bord de l’implosion…

Donc il avait une analyse totalement fausse qui prouve bien qu’il avait une analyse très occidentalisée pour un marxiste, et un soi-disant communiste (…)

Pour information, Devant la guerre paraît en 1981 et Cornelius Castoriadis meurt le 26 décembre 1997, à l’âge de 75 ans, d’une maladie cardiaque ! Pas d’un suicide ! A quand une entrée Alain Soral dans son Abécédaire de la bêtise ambiante ?

En 1996, Cornelius Castoriadis publiait La Montée de l’insignifiance, montée de l’insignifiance confirmée la même année par l’éclosion médiatique d’Alain Soral. Ah, si seulement Castoriadis avait pu se tromper sur ce coup-là !

Si Alain Soral pense qu’on pourra « se passer de [Noam Chomsky] à nouveau pour les 25 prochaines années, (…) qu’ici on va pouvoir tenir ! », Saidchomsky pense pour sa part qu’il pourra se passer d’Alain Soral et d’Egalité & Réconciliation pour un long temps également.














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